Historique
Dans les Hautes-Alpes les risques naturels les plus à craindre sont les conséquences de précipitations soudaines, violentes, importantes. C'est-à-dire éboulements de terrains, débordements de torents qui emportent les routes et ménacent certaines zones d' habitation ( campings par ex.)
Vous avez dit risques naturels, vous avez parlé de patrimoine.
Quel modèle, quelle contrainte ?...
Dans l' évocation qui suit je m' attacherais à mettre en évidence tous ces vocables.
Etonnant; Il n' a jamais vraiment permis d' arroser.
SITUATION DU CANAL
L’eau à capter est à 2800 m. d' altitude. Elle sort d' un glacier. L' environnement du tracé est en milieu totalement minéral ; roche compact,éboulis rocheux, casse. Donc une gageure un peu folle.
LE BESOIN : Il est impérieux. UNE CONTRAINTE ? Non une NECESSITE.
Les terres à arroser sont très sèches en été. Au XVIII é. s. La population en montagne est nombreuse. Les familles sont grandes de 6 à 10 enfants. 5 communes sont intéressées au projet.
HISTORIQUE :
Depuis des décennies on en parle, peut-être même depuis un siècle. Un premier essai de construction aurait eu lieu au début du XVIII é. Echec. En 1819 l' idée est reprise suite à des étés secs.
FORMATION TERRESTRE :
Il y a 200 M. d'années la mer alpine recouvre ces lieux, puis surviennent les premiers mouvements alpins ; la mer se retire. Il y a 30 M. d'années la mer revient alors ; c'est le moment où se déposent le gros paquet des grés du Champsaur.
DETAIL IMPORTANT :
L' eau du glacier s' écoule depuis toujours dans la vallée de Champoléon et grossit le Drac blanc. Détourner l' eau . La commune de Champoléon s' y
oppose et cela pourrait contrarier l' alimentation du canal de Gap qui puise
dans le Drac, ( canal achevé vers 1860 ). Gap pense déjà à l' époque à fournir
l' eau potable à ses habitants. Gardons ce détail à l' esprit et on apprendra plus tard l' évènement qui
mis fin à Malcros.
Une fois tous ces éléments connus, voyons maintenant comment les choses
se sont déroulées.
Venant du sud a l' approche de Gap vous découvrez le pic de Chaillol, un sommet à 3163 m. Le massif domine le Champsaur et plus encore le pays gapençais. Dans le Champsaur une haute vallée ( 1200 m. en moyenne ) coule le Drac d' Est en Ouest . le Drac noir vient d' Orcière, le Drac blanc descend Champoléon. Largement ouverte la vallée est très peuplée au XIX éme s. Par son agriculture elle doit nourrir les familles nombreuses. Une contrainte ? Plutôt une nécessité. !
Etymologiquement, Champsaur signifie-t-il champ d' or (ses cultures) ou
champ saurus, expression de César qui empruntant la voie romaine s'exclamait ainsi. En tout cas l'adret de la vallée où il y a 5 communes est
souvent très assèché en été, malgré que de nombreux ruisseaux coulent sur ces pentes et que le Drac lui arrose le fond de vallée 300m. plus en dessous.
Bien que le Duc de LESDIGUIERES ait permis ici de poursuivre la construction des canaux entreprise au début du XVI éme s. cela ne suffit
pas alors que l'agriculture est en pleine expansion. Il faut de l'eau pour St Michel de Chaillol, Buissard, St Bonnet,
St Julien, Bénévent et Charbillac. Voilà la NECESSITE
La montagne du Chaillol recèle l' eau, les paysans la convoitent.
Or rappelons que c' est en 1850 que s' achève le dernier tout petit age glaciaire ( 250 ans ). … Et là-haut est un glacier : MALCROS appelé TOURON à l' époque, dont on peut dire qu'il mesurait 5 ha pour 5 m, d' épaisseur et dont on estimait le débit de l' eau de fonte à 1 m3/s. à la belle saison.
Cette fois-ci les paysans sont déterminés. Une volonté farouche s' installe dans les esprits. Il faut capter cette eau en la dérivant vers le Col de la Pisse.
ETUDES – ENQUETES – FORMALITES ADMINISTRATIVES.
La véritable première étude date de 1851, c' est le projet d' un ingénieur
des Ponts & Chaussées. puis les projets, les études se succèdent ainsi que les enquêtes. Mais souvent la conviction manque . Tout à la fois on espère et on
hésite. L' Administration retarde le projet. Le glacier est loin et haut, le
tracé du canal sera long. On sait aussi que la neige reste longtemps de la fin
du printemps jusqu' au milieu de l' été. La détermination du tracé est plusieurs fois remise en question. Comment entreprendre un chantier à cette
altitude et comment y maintenir des hommes.
PREMIERE ETAPE :
Un syndicat des arrosants est crée puis le 9 mai 1853 le canal est déclaré d' utilité publique par décret de NAPOLEON III.
Le projet dans sa globalité prévoyait d'arroser 2600 ha en hautes eaux. Tout le monde en reconnaît l' utilité mais personne ne veut s' engager dans une aussi téméraire aventure. A tel point que le règlement permetde s'agréger
même quand les travaux seront terminés.
En 1854 le syndicat n'a reçu que l'engagement d'arrosants pour 150 ha.
Une fois de plus le projet s'endort et c'est la sècheresse de 1858 qui relance la pensée publique par une intervention du nouveau maire de
St Michel. Il y a un brassage au niveau des communes intéressées.
De nombreuses tractations, décisions, modifications, etc, se passent jusqu'en
1865 date où le cahier des charges est dressé et approuvé par le Ministre,
suivie de l'autorisation de travaux. Les plans et avant-métrés sont alors prêts.
1868 l'Etat alloue 38 000 F.de subvention et autorise un emprunt. Le 12 juin 1869 l'adjudication est faite pour 47 000 F. de travaux, l'entreprise est désignée : PASCAL& DAURAT modifie déjà certaines portions du tracé et certaines sujétions du devis.
CONSTRUCTION
La branche principale, en partie supérieure, est réalisée entre 1871 et 1874.
La réception est prononcée le 21 octobre 1874. Cela a déjà coûté 60 000 F.
Pour la section depuis le ravin au sortir du glacier jusqu'au Col de la Pisse.
De trés beaux ouvrages : Taille de la roche dans la falaise, rigoles en pierres
aqueducs couverts, murs en pierres de taille, galerie voûtée. Mais il y a aussi
des sections constituées par des ravines naturelles qu'il a fallu déblayer.
Le travail fût rapidement exécuté. Il fût difficile, parfois acrobatique. On a
foré les trous de mine au marteau et à main nue puis on a utilisé l'explosif.
Il y eut un fort important acheminement de blocs de grés sur un parcours de
1500 m. avec ranchissement d’un dénivelé de 200 m. au moyen de mules. Sans oublier le montage du bois de la chaux depuis les hameaux de St Michel.
Outre les ouvriers des entreprises on pense que les habitants, hommes et
femmes intéressés par la réalisation ont participé au portage. Ainsi on
croit qu'une centaine d'ouvriers et de personnes furent présents sur le site.
A l'époque on a dit que c'était là le plus haut chantier de France.
A la fin de 1873 un nouvel entrepreneur est requi : CAMPO du Queyras.
CARACTERISTIQUES
En 1881 l'ouvrage se décompose ainsi :
3160 ml pour la branche principale jusqu'à 2354 m. d'altitude (col de la pisse)
Utilisation du torrent dans le col jusqu'à 1850 m. d'altitude.
6663 ml. de rigole maîtresse jusqu'au dessus de St Bonnet.
( Il est certain que l'eau n'est jamais arrivée à Bénévent au terme de 9 km.)
17770 ml. de rigoles secondaires.
33970 ml. de réseau de distribution.
Soit en totalité 61 km. de canal.
BILAN – CONSTAT (Déception ) – ENTRETIEN – ECHEC.
Dés la première année en 1873 l'entreprise doit réparer les dégats causés
par l'hiver (le climat périglaciaire de la haute altitude est à l'œuvre ).
Obstruction du canal par des blocs; il faut déblayer les éboulis entrainés par
la neige, rejointoyer les pierres dans les cheneaux, des brèches sont ouvertes dans les parties situées dans les casses. On élargit la cuvette dans
la traversée de la falaise. Un aqueduc derrière le col de la Pisse doit être
refait et couvert par des dalles énormes.
L'entrepreneur PASCAL & DAURAT ne veut pas reprendre le chantier sans avouer que le travail n'est pas rentable et aussi pour la raison que le déneigement du chemin d'accés au chantier n'a pas été fait à temps par l'Administration avec desurcroit un manque d'approvisionnement en vivres pour les ouvriers.
C'est ainsi de même plusieurs années. Du coup les frais augmentent. cela
nécessite de nouveaux emprunts.
CONFLIT –
En 1818 les habitants du hameau Les Marrons avait repris et terminé la construction d'un autre canal situé au dessus du col de la Pisse afin d'amener de l'eau au col pour alimenter le canal des Marrons. Cela entraine un conflit avec les ouvriers de Malcros auxquels on reproche un détournement de l'eau dû au croisement des 2 ouvrages. Le Préfet est appeler à dissiper ce conflit qui durera plusieurs années.
Bien que la communauté paysanne soit rompue aux problèmes d'irrigation c'est le besoin impérieux pour l'arrosage lié à la présence de fortes populations qui entraina cette ommunauté à faire une réalisation hardie pour l'époque et pour le lieu. Les bergers connaissant bien la montagne avaient prédit le capotage. Là est la base de l'affaire qui a conduit à l'échec.
LES CAUSES ESSENTIELLES
A ce constat il faut ajouter 2 causes principales que l'on qualifiera ici de risques non estimés. Cela est surprenant quand on connaît la sagesse et la
méfiance reconnues des gens de la montagne.
1 ) La mauvaise appréciation des ingénieurs quand à la quantité d'eau et
quand aux possibilités d'entretien de l'ouvrage.
2 ) L'imprévision et l'incapacité de pouvoir étancher dans un sol rocheux
tout à fait perméable. Les hommes avaient vu trop grand. Ce projet était démesuré.
LE COUT.
Ces travaux ont coûté chers aux particuliers mais surtout à l'Etat
LE CANAL DE MALCROS A COUTE 221 000 F.
SURPRISE !
Un jour de 1942, alors que tout le monde est démobilisé, on découvre ceci :
Le verrou construit pour dériver les eaux de Malcros a sauté ! Quand ?
L'eau coule de nouveau vers l'Est comme auparavant.
Les auteurs de cette destruction ont certainement agit pour assurer le
débit nécessaire à l'alimentation du canal de Gap. Aujourd'hui la Ville
s'en félicite.
Le canal fonctionna tant bien que mal jusqu'en 1905. En 1906 des gros travaux sont fait avec une nouvelle subvention . Mais le découragement a fait son œuvre. En 1911 la surface arrosée n'est plus que de 59 ha et il ne reste que 26 associés au syndicat. Timide reprise des travaux d'entretien en 1915. Puis en 1920. Le canal est abandonné en 1923.
DIFFERENTS PROFILS TYPES.
CONCLUSION
A cette époque il fallait coûte que coûte vivre du labeur de la terre.
Du canal il reste de beaux vestiges qui forcent l'admiration des randonneurs
qui le longe en montant au CHAILLOL.
Si aujourd' hui on parle de patrimoine, on peut valablement ranger l'ouvrage derrière ce vocable.
Les hommes d'alors ne mesuraient pas leur peine et s'attelaient à de rudes
tâches.
En un devoir de mémoire et par respect du travail accompli nous nous
mobilisons pour sauvegarder les ouvrages et restituer des sections du canal.
Un premier et gros travail vient d'être fait à la CABANE DES PARISIENS,
lieu symbolique placée comme un guérite au pied du Pic de Chaillol.
EN 2006, L'ASSOCIATION M A L C R O S 2818 rassemble une
centaine de passionnés. Jusqu'où irons nous ? Car il y a beaucoup à faire.
R E P E R E S & Mots. CONTACT.
Position : Au cœur du département des Hautes-Alpes
Le massif du CHAILLOL au centre des ECRINS.
Dans la zone centrale du Parc National.
MALCROS : Signifie mauvais creux.
TOURON : Aujourd'hui nom d'un sommet.
Autrefois ancien nom du glacier de Mal Cros ( Réf. I.G.N. )
Nature du sol : Exclusivement rocheux .
Roches : Gneiss. GRES du sable essentiellement et du quartz
plus ou moins.
Le Massif du PIC DE CHAILLOL date du Carbonifère,
c'est le vieux socle hercynien.
Année 1906 : Année de grande sécheresse.
MALCROS 2818
Association fondée en 2004 pour la restauration du Canal et ses ouvrages d'art.
Président fondateur Jean-Louis MARTIN
Adresse : Mairie 05260 St Michel de CHAILLOL.
Téléphones : 0492504911 - 0492504820
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